Friday, September 22, 2006

DSD: Le manuel pour les parents est transphobe et homophobe


Le Consortium pour la gestion des troubles du développement sexuel chez les enfants a publié un manuel spécifiquement destiné aux parents d'enfants intersexués, ou comme le consortium préfère les appeler, les enfants qui ont un trouble dans leur développement sexuel. Il est tout à fait révélateur que ce consortium a publié un manuel pour les médecins et un autre pour les parents mais que rien n'ait été prévu pour les enfants eux-mêmes. Il y a une raison pour cela. Ce consortium défend les intérêts de ces deux groupes et, pour ce faire, sacrifie les enfants.

Le manuel destiné aux parents est fallacieux et il les désinforme au sujet de ce que c'est que d'être un enfant intersexué. Il minimise les souffrances et les traumatismes que nombre d'entre eux ont subies avec les années par le fait qu'on leur a assigné le mauvais genre et aussi par le fait qu'on les a persécuté pour être lesbiennes ou gay. De manière répétée, la propagande que contient ce document balaie les problèmes graves de transphobie et d'homophobie dont nombre d'entre nous ont souffert depuis notre plus tendre enfance et durant toute notre vie. Ce manuel n'a absolument pas pour but d'aider les enfants intersexués à s'accepter et à se sentir bien avec eux-mêmes, mais il a pour but de "rassurer" les parents en leur faisant croire que leur enfant a toutes les chances de ne pas être transsexuel-le ou homosexuel-le.

Le consortium a proclamé que ces publications sont de grand progrès dans la prise en charge médicale des enfants intersexués et pas en ce qui concerne les questions de genre. Mais, si l'on prend le temps de lire le manuel destiné aux parents, il ne traite que des questions de genre! Et comment pourrait-il en aller autrement? La principale raison pour combiner un grand nombre de conditions différentes qui n'ont rien en commun sur le plan médical sous le terme générique de "trouble du développement sexuel" n'est pas de prendre en charge les vrais problèmes de santé des enfants intersexués mais de soulager l'angoisse que "l'ambiguïté" (aux yeux des autres) de ces enfants provoque au sein de la société.

L'introduction du Manuel pour les parents est tout à fait explicite à ce sujet:

‘’Ce document ne contient pas beaucoup d'informations médicales au sujet de la condition spécifique de votre enfant. Il en est ainsi car il y a de nombreuses conditions qui sont regroupées sous ce terme "trouble du développement sexuel" (DSD). De ce fait, il nous serait impossible de les décrire toutes. En fait, cet ouvrage a pour but de vous donner des informations de base en ce qui concerne le sexe et le développement de l'identité sexuelle.’’

Les travaux de recherche sur les enfants intersexués ne sont pas du tout pris en compte ni décrit dans ce document et il est important de se demander pourquoi. L'expérience de vie de milliers d'adultes intersexués n'est pas non plus prise en compte. Nombre d'entre eux ont dénoncé non seulement les traitements barbares qu'ils ont subi, mais aussi les motivations qui se cachent derrière ces traitements: l'obsession de leur assigner de force un genre sans tenir compte d'eux et sans leur consentement. Nombre d'entre eux ont également dénoncé l'homophobie qu'ils ont subie durant leur enfance et plus tard dans la vie. Leurs histoires de vie et leur expérience personnelle est systématiquement dévalorisée par ce manuel dans le but de rassurer les parents qui sont susceptibles de ne pas vouloir d'enfants homosexuels ou transsexuels.

Il faudrait enfin dire clairement aux parents que leur enfant intersexué a de fortes chances de rejeter viscéralement le sexe qui lui a été attribué. Ils devraient être préparés aux difficultés qu'ils vont devoir affronter dans la plupart des états (ou pays) pour corriger cette situation, quand ça n'est pas simplement impossible. Ils devraient être préparés à faire face au traumatisme terrible et aux conséquences psychologiques que les adultes transsexuels et les personnes intersexuées qui ont été assignées au mauvais sexe ont décrites. Ils doivent être préparés à faire face au fait que leur enfant pourrait faire partie de la large proportion d'enfants intersexués qui se sont sentis dévastés par le fait qu'on leur a attribué un sexe qui ne leur correspond pas. Et il y en a de plus en plus qui se révèlent chaque jour.

Nous savons aussi que les adultes intersexués sont beaucoup plus susceptibles d'être lesbiennes ou gay et ceci ne devrait pas être dévalorisé ou balayé comme c'est le cas dans ce manuel. Les maltraitances que subissent les jeunes qui sont homosexuel-le-s ne sont pas traitées de manière adéquate. Comme les parents sont habituellement hétérosexuels, ils y a des fortes chances pour qu'ils ne comprennent pas les conséquences à long terme que tant de lesbiennes et de gays ont décrites à la suite de ces maltraitances. Il y a aussi de fortes chances pour qu'ils ne comprennent pas la souffrance que cela représente de grandir au milieu de tant de préjugés.

Une des contradictions les plus éblouissantes entre le manuel pour les parents et celui pour les médecins se trouve dans la transphobie très forte qui émane de ce document. Le manuel pour les parents affirme de manière répétée que nous ne savons pas ce qui détermine l'identité sexuelle d'un enfant. Le manuel pour les médecins affirme de manière répétée aux médecins qu'ils peuvent assigner le sexe de l'enfant en toute sécurité en suivant les directives basées sur la condition de l'enfant. (Malgré tous les témoignages d’adultes qui contredisent cette pratique.) Comment se fait-il que, d'un côté, nous ne savons pas ce qui détermine l'identité sexuelle de l'enfant et que, de l'autre, nous pouvons être sûrs que l'on peut déterminer le sexe de l'enfant en suivant les directives déterminées par les "experts" des DSD? En fait, c'est tout simple. C'est toujours l'enfant qui a un trouble dans ces manuels. Si l'enfant rejette le sexe qui lui a été assigné arbitrairement, c'est qu'il a un autre trouble! Maintenant, ce qui a commencé comme un trouble du sexe de l'enfant est devenu un trouble de l'identité sexuelle de ce dernier et les médecins ont toujours raison à tous les moments de leurs protocoles de traitement et l'enfant a toujours tort et il souffre d'un trouble quoi qu'il arrive!

Un autre détail intéressant en ce qui concerne la transphobie, en dehors de l'affirmation répétée selon laquelle les enfants intersexués ne rejettent presque jamais le sexe qui leur est attribué, se trouve dans l'affirmation selon laquelle, dans des cas rares l'enfant qui a grandi entreprend un traitement hormonal ainsi qu'un changement de sexe chirurgical et légal. Il n'est fait mention nulle part que les adultes ont de très fortes chances d'avoir subi des interventions chirurgicales dans la toute petite enfance sans leur consentement. Cette omission est d'autant plus importante parce que ces opérations précoces peuvent avoir de graves conséquences dans la vie en modifiant totalement leurs organes sexuels et en supprimant leurs tissus érectiles, ce qui rend beaucoup plus difficile les opérations correctrices effectuées sur les adultes.

Ce document ne prépare absolument pas les parents aux problèmes que la normalisation engendre tels que le stress post traumatique ainsi que d'autres conséquences psychologiques. Le plus terrible dans ces documents est que le trouble est toujours du côté de l'enfant et les parents reçoivent la fausse impression que tout va bien se passer – à savoir qu'il y a très peu de risque que leur enfant devienne gay ou trans. Nombre d'entre nous considèrent que les parents seraient bien mieux aidés en apprenant à faire face à leurs propres préjugés, quand ils en ont, et en les aidant à accueillir la richesse et l'identité de leur enfant qui fait partie de la communauté intersexuée. Cette identité est soigneusement effacée de tout ce qui se trouve dans ces manuels parce que leur connotation homophobe et transphobe donne l’impression d’éviter d’autres « troubles », si on suit ces protocoles de normalisation.

(Dans son ouvrage, "Sexing the body", l'embryologiste Anne Fausto-Sterling a mis à jour les motivations explicitement homophobes des médecins qui ont entrepris la normalisation à large échelle des enfants intersexués. Il est effrayant de constater que, plus d'un demi-siècle plus tard, on retrouve les mêmes motivations à la base des initiatives les plus récentes. Mais c'est encore pire de constater que des personnes intersexuées se sont fait les complices de telles initiatives.)

Friday, September 01, 2006

sexpolice


La biologie du sexe est devenue un sujet de polémique à l’heure où les parents, les médecins et les chercheurs réévaluent la signification du fait d’être un homme ou une femme.

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par Sally Lehrman

Traduit de l’anglais par Curtis Hinkle et Lucie Gosselin de l’OII-Québec

Le 5 avril 1999, Patrick a pris un bon moment avant de naître – deux semaines pour le passage des voies génitales – au moment de sa naissance, les infirmières l’ont enveloppé de couvertures et l’ont sorti en toute vitesse de la salle d’accouchement. L’hôpital situé à Jacksonville en Floride a caché le nourrisson de 8 livres et de 20 pouces et demi de longueur à l’arrière de la salle des soins intensifs derrière des rideaux tirés. Un médecin après l’autre est venu le voir. L'enfant avait un pénis bien défini mais avec une ouverture à la base au lieu d’être au bout. Il avait seulement un testicule descendu mais il produisait beaucoup de testostérone. Dans la plupart de ses cellules, le bébé n’avait aucun chromosome Y, celui qui contient les instructions génétiques pour que le corps se développe en tant que sexe masculin. Les médecins ont assuré la mère adoptive, Helena Harmon-Smith, que Patrick était une fille. Ils voulaient enlever les parties offensantes tout de suite.

Mais madame Harmon-Smith avait vu Patrick en érection plusieurs fois. «Vous ne découpez rien de ce qui fonctionne» a-t-elle protesté. Les autorités ont vérifié les organes reproducteurs internes de l'enfant et ont continué à insister pour dire que l’enfant serait mieux en fille. Sa mère a refusé. On a fait d’autres examens. Après 11 jours, 20 médecins sont entrés en file indienne dans une salle de conférence de l’hôpital et ont solennellement annoncé qu'ils permettraient à la famille d'élever Patrick en garçon. « Nous l'avons mis dans un petit smoking et l’avons emmené chez nous » rapporte madame Harmon-Smith.

Deux mois et demi plus tard, le docteur de Patrick a averti sa mère que le testicule du garçon était vraiment un ovotestis qui contenait du tissu ovarien, et qu’il était probablement malin. Il devait être enlevé – comme celui déjà pris de son abdomen. Sa mère a finalement accepté une biopsie, juste au cas où. Quand le chirurgien est revenu de la salle d’opération, il a dit que la gonade était malade et qu’il l'avait enlevée chirurgicalement.

Pendant plus d’un mois, madame Harmon-Smith a insisté sans relâche pour que le docteur lui donne accès au rapport de pathologie. Une fois obtenu le rapport, elle mentionne «La première chose que j'ai lue était "testicule normal, sain". Mon cœur s'est arrêté. Je ne pouvais pas m’empêcher de pleurer» a-t-elle dit. Aujourd’hui âgé de cinq ans et dans sa première année d’école, Patrick ne pourra jamais produire de sperme.

Pour lire la suite :
http://www.intersexualite.org/F-Sexpolice.html

Sunday, August 27, 2006

À qui appartiennent nos corps ?


Les droits humains et les personnes intersexuées

Présenté aux Outgames 2006
par Lucie Gosselin, porte-parole sur les questions de genre

Texte intégral:
http://www.intersexualite.org/French-Events.html#anchor_101

Saturday, August 26, 2006

OII - Québec


Lucie Gosselin, Porte-parole sur les questions de genre
Courriel: lulu_gosselin@yahoo.ca

Lucie Gosselin est québécoise d’origine francophone. Au cours de sa vie, elle a milité dans plusieurs types d’associations dont le conseil d’administration d’une coopérative d’habitation pendant 10 ans et le réseau d'action et de communication pour le développement international durable, Alternatives. Elle a travaillé en alphabétisation en Haïti et au Québec auprès des immigrants. Membre active de la coalition régionale de Québec, elle a fait partie du comité responsable de l’organisation des activités reliées à la Marche mondiale des femmes de l'an 2000.

Elle a toujours été engagée dans la lutte aux préjugés, qu’ils soient associés à la culture, à la maladie mentale, à la pauvreté ou reliés au sexe et/ou à l’orientation sexuelle (hétérosexisme et homophobie). Ces intérêts ont certainement contribué à son choix d’étudier en anthropologie. Sa passion pour le féminisme et les questions de genre l’a incitée à communiquer avec l’Organisation internationale des Intersexués et à s’y engager comme membre.

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